« Sur-utilisation du membre supérieur droit »

Pour ceux qui suivent ce blog / mon fil twitter / ma vie / mon oeuvre (bande de petits veinards), j’ai subi quelques déconvenues médicales (hu hu) ces derniers mois, dont une partie m’ont bien mis sur le carreau. En quelques mots, depuis UN AN, j’ai une forme de paralysie de la main droite. Ca a commencé par le petit doigt (qui est raide comme un bout de bois), avant de s’étendre doucement (c’est toute une partie de la main qui bouge pas ou presque, sous tension permanente). Comme c’était pendant mon congé maternité, je m’en suis pas rendue compte (ça me fait absolument pas mal, ça me gène juste pour des gestes mécaniques, comme écrire, taper au clavier).

Quand je me suis lancée dans des explorations médicales (quelle bonne idée j’ai eu là), ça a commencé par des radios, échographies, des séances de kiné, avant d’enchaîner sur des examens neurologiques (puisqu’il n’y avait rien de mécanique détecté). Ca s’est poursuivi en beauté avec deux IRM, puis cette magnifique ponction lombaire du mois d’octobre dernier, qui a été ratée (brèche dans la colonne). Mais qui s’est avérée normale. De fait, c’était un mal pour un bien, puisque cela a permis d’écarter les hypothèses bien reloues du neuro, dont la sclérose en plaques, ce qui était évidemment une perspective moyennement réjouissante. Depuis janvier, je dors avec une espèce d’atèle,  pour reposer ma main droite au moins pendant mon sommeil, qui est donc en permanence tendue, sous tension. Diagnostic final : « sur-utilisation du membre supérieur droit ». Effet de mes longues heures avec les mains au clavier semble t il (et je t’entends ajouter « et de la masturbation », toi là bas au fond). Ca arrive il paraît (aux joueurs de tennis, aux violonistes, aux motards) (et aux petits tacherons du tertiaire comme moi).

Au delà des riches heures d’angoisse que je me suis infligée grâce aux auto pronostics et diagnostics calamiteux que je me suis concoctée pendant quelques mois (et pour cela, le ouèbe, c’est le mal), j’ai appris à mieux écouter mon corps, cette machine mystérieuse (je suis nulle en anatomie, j’ai arrêté la biologie en 2de). Pendant longtemps, j’ai essayé de forcer ma main droite à travailler, à fonctionner malgré le blocage, la paralysie. Au bout de quelques mois, je me suis rendue compte que la nature étant bien faite, j’avais DEUX mains, et que la gauche commençait à prendre le relais. Aujourd’hui, je suis quasiment ambidextre (c’est la classe). Ma main droite récupérera peut être son habilité (j’ai de nouvelles séances kiné, je vais me faire masser par Maurice, mon kiné d’amour, 67 ans et des doigts de fée), mais j’ai vu tout doucement mon corps s’adapter à ces nouvelles données. C’est à la fois chouette et déstabilisant. En tous cas ça m’a fait un bon avant goût (amer) de la vieillerie, voir ton corps t’échapper, se dérober, résister, et te laisser sur le bord de la route sans raison bien précise. Parce que tout de même, avoir « sur utiliser » sa main à 34 ans, pardon, mais c’est un peu tôt non ?

Pendant les vacances, j’ai lu le dernier roman de Daniel Pennac « Journal d’un corps« , qui justement parle de cela, du corps, du rapport qu’on a à lui, comment il est central, parfois malmené, oublié, et comment il se rappelle à nous, périodiquement, et puis définitivement. Le narrateur, qui tient le journal intime de son corps, de 13 ans à sa mort (à près de 90 ans), nous rappelle que souvent, on met son corps de côté, on le bâillonne, et alors, il reprend ses droits, sa voix. Un formidable bouquin, pas gai gai, mais je vous le recommande.

Désormais, j’essaie d’écouter un peu plus la voix de mon corps. Là tout de suite il me dit « tu aurais pas pris encore du cul toi, avec ce voyage aux US ?« , cet enfoiré.

Prenez soin du vôtre, les vilains.

8 réponses sur “« Sur-utilisation du membre supérieur droit »”

  1. Courage ! On arrive très bien à décapsuler une bière avec une main.

    Amitiés.
    N.

  2. Trés belle écriture même si c’est de la main gauche, comme toujours. Persevere et écoute ton corps, il te le rendra bien!
    Bon finalement je reste assez convaincu que la medecine douce, type yoga, peut permettre d’écouter plus réguliérement son corps…Un bon moment pour passer le cap.
    A trés vite.

  3. Je souffre actuellement depuis des mois également d’un truc de vieux appelé sciatique, alors que bon, je suis presque aussi jeune que toi. Mon sauveur? mon acupuncteur. Qui dit que les tensions musculaires sont les plus faciles à résoudre en acupuncture. Je dis ça je dis rien (mais je trotte à nouveau comme une gazelle).

  4. notre corps donne donc de la voix..et si cette main n’était pas « sur utiliser », mais plutôt utiliser à taper des conneries en chiffres et graphiques alors qu’elle souhaiterait plutôt en écrire en lettres et en mots…je dis çà je dis rien c’est çà ?

  5. Ouai, pas réjouissant de vieillir en effet, il semblerait que d’ici nos vieux jours on soit en sureffectif et sans pognon, on va sûrement finir comme dans soleil vert…
    Pour la frayeur, on vient de me diagnostiquer une côte déplacée à défaut d’un cancer du sein (je préfère ça ceci dit) et me suis payée un bon mois de flippe assaisonné au déni. Bref je comprends.

  6. Tiens, Le Pennac je l’ai moi aussi achété pour le mettre entre les mains de mon époux dont le corps flanche grave depuis 6 ans (on l’a eu, nous, notre leucémie !)
    Je peux dire, sans trop fayoter, que votre blog fait partie de mes petits plaisirs du jour, surtout quand l’angoisse sourde est tapie au creux du bide. et que les sourires que votre écriture font naitre sont autant de forces que je provisionne dès que je peux.
    Tant que le mojito se boit à la paille, on survivra !
    Bises et forces roses à Vous

    Nb :fefal écrit très bien….

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.