Stupeur et tremblements

Un des inconvénients avantages d’être à domicile, c’est de pouvoir regarder les infos dans la petite lucarne. Souvent, je me dis que je ne devrais pas.

Déjà, faut voir le niveau des reportages. Et pourtant je ne regarde pas Jean-Pierre P. sur TF1 (qui était presque drôle dans « La carte et le territoire » de Houellebecq). Par exemple, hier midi il y a quand même eu un REPORTAGE (pas une brève, non, 2 ou 3 minutes d’enquête journalistique de haut vol) sur une famille qui est menacée de prison parce qu’ils ont adopté un renard. Si si. Un renard. L’actu capitale quoi.

Par ailleurs, mes hormones étant toujours utilement positionnées au bord de mes paupières et sous formes de larmes, le moindre reportage sur des enfants, malheureux, malades, battus, morts, me mettent dans des états pas possibles, et je chiale comme une madeleine.

Enfin, il y a ces faits divers atroces, qui me mettent dans un état de stupeur (et donc de tremblement, petit hommage au dernier bon roman d’Amélie Nothomb, c’est dire si ça date). On a expliqué de longue date la fascination que le public peut avoir pour les faits divers (ici un bon article publié par Owni). Si je résume, le fait divers, c’est l’histoire de monsieur et madame tout le monde, qui a un moment de sa vie, a basculé dans l’exceptionnel (crimes, meurtres, actes de folie variés et aux conséquences irréversibles). Les faits divers, c’est l’équivalent adulte des histoires pour faire peur aux petits enfants. On se les raconte à voix basse et un peu effrayée, en se réjouissant de ne pas en être, mais avec une fascination morbide qu’on réprime plus ou moins :

:: le moins : on regarde ça d’un oeil distrait et vaguement écoeuré aux infos ces histoires privées mises en place publique,

:: le plus : on achète compulsivement Détective et on se repait du malheur qui frappe ses pairs en se félicitant de ne pas en être.

Ces dernières semaines, vous n’y avez pas échappé, l’affaire de Nantes (belle ville qui m’a vu naître par ailleurs) a largement envahi les écrans d’infos, médias classiques et ouèbe (puis s’est fait coiffer au poteau par le mariage royal et la fin de Ben Laden). La psy qui sévit sur Vergibération en a très bien parlé, et dans d’autres articles sur son blog (à la mise en page atroce, je sais, mais c’est le contenu que j’apprécie, pas le contenant). J’aime ses analyses, surtout qu’elles sont bien plus objectivées et étayées que le monceau de conneries qu’on a pu voir circuler sur l’internet mondial notamment, puisque maintenant, avec Gogole, chacun se croit capable de mener l’enquête (on appelle ça le stalking voyez vous, c’est un truc de no life vous diraient les jeunes, un bon article est sorti sur Slate à ce sujet).

Aujourd’hui, rien ne prouve encore que ce monsieur a tué toute sa famille de sang froid, même si le faisceau d’indices est de plus en plus important. Toujours est il que comme d’autres, j’ai suivi et continue de suivre cette actu. Parce qu’il est indéniable que lorsque l’on a une famille, des enfants, ce type de faits divers crée chez vous (en tous cas chez moi) un écho angoissant. Comme peut-on en arriver là ? Comment peut-on programmer et tuer de sang froid ses propres enfants, sa femme, écrire une lettre où l’on dit « inutile de s’occuper des gravats et autres bazars entassés sous la terrasse : c’était là quand nous sommes arrivés ici », et qui correspond à l’endroit où il a enterré tout le monde ….

Autre fait divers qui m’a frappé ces derniers jours, l’affaire du viol collectif qui a eu lieu en pleine journée et en pleine semaine sur la place de la gare de la Part Dieu, que je traverse régulièrement, pour prendre le train ou aller au centre commercial. Là aussi, la proximité joue sur mon émotivité, ça se passe dans un lieu qui m’est familier, et ça concerne des enfants qui pourraient être les miens dans quelques années (sachant que j’ai plus pensé à ma fille qu’à mon fils naturellement …). Là encore, je m’émeus, je m’effondre, je tempête. Dans quel monde vit-on ? Comment on en arrive à des comportements pareils ? Et avoir des enfants, là encore, emporte un écho particulièrement douloureux. Je ne sais pas de quoi je serais capable si un jour un abruti de 14 ans obligeait ma gamine à lui tailler une pipe (tout en la filmant devant son petit frère de 6 ans !).

Je regarde donc ma lucarne (télé / ouèbe) avec inquiétude (et d’ici un mois, réjouissons nous au moins de cela, la reprise du boulot mettra fin à cette vilaine habitude anxiogène, ça fait un point positif à en tirer). Ce reflet déformé de la réalité. D’une réalité qui m’échappe, parce que je m’imagine quelque part que je vis au pays des bisounours, où les familles vivent en (relative) harmonie, et où aucun pré ado ne pense qu’une fille doit se soumettre à son désir. Monde de merde (ça me fait penser à cette note de Boulet :)).