La Barbe, la claque

Vendredi soir, mon poste de télévision était branché sur Canal + pour essayer de choper un épisode de Bref en direct. Las, je n’ai fait qu’assister au naufrage en direct de la Barbe, un mouvement féministe dont je suis sympathisante, qui était invité chez Yann Barthès. Je trouvais leur approche intéressante, car décomplexée, humoristique et en mode happening, et je trouve que c »est une manière contemporaine d’aborder le féminisme, évitant de faire passer les féministes pour de vieilles hystériques pas épilées et mal baisées (l’un étant peut être corrélé à l’autre ?). Force est de constater que l’on peut faire le show dans les forums UMP et autres lieux de la phallocratie ambiante, et se prendre une bonne grosse claque médiatique. Ce fut, comme le résume très bien cet article sur Madmoizelle, un TRES pénible moment de télévision (je vous laisse aller le revoir sur le site, à partir de la 12ème minute, moi je veux plus le voir, il me fait trop mal à mon féminisme).

Je suis un peu FURIEUSE. Parce que pour le coup, les représentantes de la Barbe sont passées pour tout ce que l’on abhorre dans le féminisme quand on le connaît pas, ou avec des préjugés : antipathique et agressif sur la forme, manquant de conviction et de force de persuasion sur le fond. L’horreur.

De mon modeste point de vue, deux solutions s’offraient à elle.

1 elles profitaient de l’invitation pour énoncer ce qu’elles dénoncent, le machisme des médias en général, de Canal en particulier, sous leur mode happening habituel,

2 elles faisaient de cette médiatisation un moment de pédagogie, de sortie du placard, pour expliquer, sur le fond, ce qui étaye leur combat.

Au lieu de cela, elles n’ont fait ni l’un ni l’autre, ou plutôt un mélange improbable et merdique des deux. Elles ont commencé par mettre leurs postiches et énumérer les dirigeants masculins de Canal. OK, ça pouvait être une manière de faire, mais ensuite il aurait fallu quitter le plateau, pour conserver l’approche contestataire. Au lieu de quoi elles sont restées sur le plateau, à moitié mutiques (l’une des deux a à peine pris la parole) à ne pas répondre aux questions de Barthès, ou de manière agressive, parcellaire, et très peu argumentée. Ne parlons pas d’être convaincantes. Je rejoins là aussi l’analyse de Madmoizelle, les représentantes de la Barbe n’étaient pas préparées, alors que Barthès semblait plutôt de leur côté, et plutôt dans l’empathie.

Résultat des courses, « on » (c’est à dire les femmes qui se considèrent féministes pour de bonnes raisons, et parmi lesquelles je me compte) est ENCORE passées pour des frustrées, aigries, revanchardes, et féministes de manière dogmatique. Quelle action contre productive bordel ! J’en veux particulièrement à la Barbe, qui agit depuis 2008 sur un terrain médiatique, et qui pour une fois, aurait pu bénéficier d’une audience large, jeune et ouverte, et nous a encore savonné la planche.

Y’a pas à dire, les féministes n’ont pas besoin des hommes pour rester dans un ghetto, elles s’annihilent toutes seules, connasses que nous sommes.

(Allez, on fera mieux la prochaine fois. Hein dites ?)

Edit de lundi : dans cet article, intéressant par ailleurs, ou plutôt dans ses commentaires, on apprend que l’émission est enregistrée la veille et pas du tout en direct comme je le pensais. Ça n’enlève rien au four, mais par contre la commentatrice évoque le fait que d’autres passages, où justement le duo de la Barbe a fait preuve d’une meilleure répartie, ont été coupés. Barthès aurait donc peut être voulu accentuer le « malaise » au montage, ce qui pour une émission qui décrypte et pousse à la transparence des médias et de leurs acteurs est un peu étrange … (oui les féministes aiment bien la théorie du complot).

Edit de mardi : la Barbe a répondu aux critiques, à leur manière, et aussi sur 20 minutes. Se référer à Christine Delphy laisse encore quand même à penser qu’elles ne se mettent pas vraiment à la portée du plus grand nombre. Elles affirment à mon sens un choix militant radical, que je comprends dans son affirmation, mais est ce que cela « sert », rempli son rôle ? Je n’ai pas fait suffisamment de sociologie politique pour répondre à la question, mais il me semble qu’elles se cantonnent dans une forme militante radicale, qui à force de vouloir ne pas « rentrer dans les cases », dans le « registre » attendu, que ce soit par Barthès ou d’autres, reste inintelligible pour le plus grand nombre. Et je trouve cela bien dommage.

(Tout cela me rappelle pourquoi j’avais laissé tomber les JCR, il y a de cela bien longtemps maintenant. Le militantisme dans ses formes hard core, c’est décidément pas pour moi).

Le charme élégant de l’Italie(n)

Peq (qui avait commenté ici), a eu raison ET tort. A Rome, le WE dernier, il a fait un soleil resplendissant (le samedi), et il a plu des hallerbardes (dimanche). Mais ça, on l’avait anticipé, donc nous en avons quand même profité.

Samedi, cheveux au vent, nous avons fait les VRAIS touristes, en bus à impériale, nous avons parcouru la ville, les principaux quartiers, avant de nous y perdre à pied. Et dimanche, on s’est cognés les visites d’églises, expos, au chaud (enfin dans les églises, au chaud, tout est relatif).

Ce qui est chouette en Italie (à part les églises, les très bonnes pâtes, les expos, le bon vin, les belles ruines, les glaces qui tchuent, les boutiques de la muerte), ce sont tout de même les italiens. Oui les italiennes aussi, si l’Epoux avait un blog, il vous en ferait des tartines. Mais bon, pas de bol messieurs, moi ce que je préfère, ce sont les italiens. Surtout quand ils portent la barbe, comme Nanni Morreti dans Journal intime.

(Nanni Morreti en Vespa dans Rome, c’est quand même le symbole majeur de la liberté). Et puis il porte la barbe avec distinction. Une vraie barbe donc (pas le poil un peu long, genre je me néglige et je ne me suis pas rasé depuis 3 jours, et pas non plus la barbe de l’homme de Cro Magnon à la Chabal, et qui ne va qu’à Chabal.)

Voilà, comme ci-dessous.

(J’ai un client qui porte une barbe comme celle là, elle me fait rêver – sa barbe – mais comme ce charmant garçon a « découvert » l’adresse de ce blog, je ne dirais rien de plus.)

Sinon ce soir, c’est Nouvelle Star !

A plus tard donc 😉

La Barbe !

Ca fait plusieurs fois que j’entends causer chez Olympe de la Barbe, groupe d’action féministe. J’avoue que je suis assez emballée.

De mon modeste point de vue, le groupe d’action, c’est ce qui reste le plus efficace comme mode de militantisme moderne (tant qu’il est pacifique et non violent bien entendu). Surtout s’il se prend un minimum pas trop au sérieux, ce qui est le cas de la Barbe.

En son temps, j’avais adhéré aux Chiennes de garde, parce que là aussi je jugeais bienvenu (voire salutaire) leur mode d’action. Car au fil du temps, se déclarer féministe, ou en prôner les valeurs, est devenu ringard, voire déplacé, et qu’on a besoin de temps en temps de continuer à secouer le cocotier.

Ce que je trouve VRAIMENT déplacé, c’est que les « jeunes générations » (et notamment les filles) ne mesurent pas que le chemin parcouru pour amener les femmes sur un pied d’égalité par rapport aux hommes a été long et laborieux, et surtout, que celui qui reste à parcourir l’est tout autant, car on y est pas. Mais alors pas du tout, notamment dans le monde du travail, et de la politique. Se cacher derrière des textes de loi qui ne résolvent rien, considérer que l’égalité est acquise est un leurre. La réalité vous rattrape à tous les coins de rue : les femmes n’accèdent pas (peu ou rarement) comme les hommes aux plus hautes fonctions de l’Etat, des entreprises, et chacun(e) peut le tester dans son quotidien. Moi je le fais.

Dans les avions, les TGV en première, les conférences / salons pro auxquels je me rends, je compte systématiquement les femmes, et surtout celles de moins de 45 ans (oui, je sais, c’est un poil obsessionnel). On est deux ou trois pour dix, au grand maximum (le plus souvent, c’est une pour dix). Autre exemple, je passe la moitié de mon temps professionnel à faire des entretiens « d’experts », de personnalités qualifiées pour réaliser des études et missions de conseil. Je pense qu’en 8 ans de travail j’ai du interroger une demi douzaine expertes (et des centaines d’hommes), et deux élues locales (et des dizaines d’élus hommes). Sérieux. Sachant que j’exerce dans un domaine soit disant « masculin » (l’économie et le développement local).

Alors voilà, les filles de la Barbe, je leur tire mon chapeau. Parce que moi aussi parfois je me sens un peu seule dans ces cénacles débordants de barbes, moustaches et couilles ….

Leur interview sur LCI.