Mes névroses se portent à merveille.

11 ans depuis peu que je travaille à la « feurme ». Bordel. Ces années sont passées en un clin d’oeil. Vraiment. Je me revois encore, mes premières missions pleines de déplacements pourris (ça n’a pas vraiment changé à vrai dire, hormis que maintenant je m’arrange pour glisser quelques destinations un peu plus bandantes dans le plan de charge), mes premières présentations tétanisées de trouille (ça par contre, j’ai bien progressé, même que des fois, comme ce matin, je fais des blagues sur la CGT, oué), mes premières « nocturnes », à pondre pendant des nuits entières des rapports de 340 pages, que PERSONNE ne lit de bout en bout (maintenant je relis les proses faites par d’autres, en maudissant leur sens approximatif de l’orthographe et leur diarrhée verbale).

11 ans de vie professionnelle, mais pour autant je n’ai QUE 33 ans. Et dans ma tête, allez, 26, à tout casser. Las, c’est que dans ma tête. Et point dans le regard de mes congénères, surtout quand ils sont mes « subalternes ».  De plus en plus, je réalise qu’à leurs yeux, je suis une bête curieuse, un poil dangereuse, de par mes comportements étranges. Pourtant, de mon point de vue, on est pareils. Nous sommes des d’jeunes quoi. Mais en fait non. J’en ai eu la preuve encore aujourd’hui.

Ces dernières semaines, j’ai en charge une équipe dont c’est le premier boulot ou presque. Ils sont ultra diplômés, souvent brillants … et complètement inadaptés à la vie professionnelle dans ses aspects les plus prosaïques. Parce que c’est pas le tout de réfléchir à toute vitesse et cracher du slide au kilomètre, mais la « science » est une chose, la VIE en est une autre. Lors de cette première session de déplacements (en région parisienne, Noisy au petit matin, follement exotique), je me suis exaspérée toute seule sur le faible sens pratique de mes jujus. Et en même temps que je m’exaspérais je suis passée accessoirement pour une névrosée.

Tout ça parce que j’ai fait quelques MENUES remarques sur la logistique voyage (c’est ça d’être une connasse de chef).

Règle n°1 – on édite toujours une version papier de son billet électronique de TGV. Oui c’est pas écolo. Mais on s’en branle. Si ton mobile est en carafe, tu sais pas où tu es placé dans la rame, et parfois, faut te prendre le chou avec un connard d’encravaté qui essaie de te piquer ta place. Dans le train de 7h. Nonméoh.

Règle n°2 – on achète toujours des tickets de métro et de RER d’avance. Parce que sinon tu perds 10 minutes en sortant du train pour en acheter aux bornes, et 10 minutes, le matin, quand la SNCF a 20 minutes retard (sont pas au courant les jeunes, mais c’est quasiment contractuel), c’est vital.

Règle n°3 – on enregistre sur son smartphone les lieux de réunions et les plans d’accès. Au besoin on les imprime. Sinon on perd du temps. Ca s’appelle la logistique du dernier kilomètre, c’est la base du consultant.

Règle n°4 – on a toujours le numéro de Grand Voyageur dans les favoris, prêts à changer l’heure du départ du billet retour. Parce que changer de train c’est cool, mais avoir une place assise c’est mieux.

Règle n°5 – le soir, dans les couloirs du métro et du RER, en arrivant à Gare de Lyon, par principe, on galope comme une damnée vers les quais (en traînant le PC et la valise, juchée sur des escarpins de 12, tout en essayant de rester digne). Parce qu’il n’existe pas de plus grand plaisir au monde que de choper le train d’AVANT. Oui.

Sauf que ce soir, avec leurs conneries de padawan, c’est pas le train d’avant qu’on a chopé, mais celui d’après. C’est là que tout a basculé et que j’ai définitivement été cataloguée folle dingo, alors que je leur expliquai, quasiment la larme à l’oeil, que SI, rentrer chez soi 30 minutes avant, ou après, dans une journée de travail, et surtout après deux nuits sans ses enfants, ça change tout. Si j’arrive à 20h30, je peux faire des bisous dans le cou à mes amours avant qu’ils ne se couchent. Si j’arrive à 21h, ils dorment, et je pleure doucement en les espionnant dans leur sommeil. Ca change tout non ?

Je crois qu’ils ont pas compris.

Et c’est parce qu’ils sont jeunes et sans attaches, et moi une mère poule gateuse, impatiente et névrosée. Et que je n’ai plus 22 ans.

Là où je me dis que finalement vieillir c’est cool, c’est qu’en fait, je m’en bats l’oeil. J’assume. Mes névroses et moi, on se porte à merveille. Bisou.

PS : si j’avais l’énergie, je vous raconterai aussi

:: comment j’ai diné avec Mossieur Resse, et découvert l’Americano (ça me change des ti punch, que je me réserve pour la semaine prochaine à Fort de France, youhou),

:: comment pour la 2ème semaine consécutive j’ai réussi à NE PAS aller à la piscine à Paris. Je crois que c’est une kabbale (j’en profite pour conchier la mairie de Paris, qui s’est bien abstenue sur son site web de prévenir que la piscine Joséphine Baker … prenait l’eau),

:: comment j’ai enfin fait un Kremlin des Blogs, en plus organisé rien que pour ma pomme (heureusement, Nicolas a fait un SIOUPEUR compte rendu, dont je suis sortie légèrement avinée (enfin enbiérée),

:: comment j’ai eu le droit à une visite nocturne de France Inter ET me suis vue offrir le calendrier de pompiers de NYC …

Mais c’est ça de vieillir, après minuit, y’a plus personne 🙂

La culpabilité d’une (mauvaise) mère

Aujourd’hui, l’Héritier a 2 ans.

Putain 2 ans. Déjà.

Pour fêter ça, tout à l’heure, je l’ai collé dans son bain … avec ses chaussettes.

Fatiguée, je suis fatiguée, c’est indéniable.

Je m’en suis pas tout de suite rendu compte. Il m’a fixé d’un oeil noir, et du coup, j’ai pigé. J’ai rigolé bêtement en les lui enlevant. Un rire un peu jaune. Du coup, je me suis rendue compte de ce que devait être le regard d’un enfant sur des parents décevants. Je ne veux pas être de ceux-là. Parce que je ne supporterais pas ce regard, vaguement apitoyé, un poil déçu. (Bon j’exagère, l’Héritier n’a pas mis tant d’intentionnalité dans son regard, mais chuis un peu sensible là. La fatigue la fatigue la fatigue.)

Généralement, j’assume. Je travaille, je me déplace, beaucoup parfois, et ça me plaît. Avec son père, nous faisons en sorte qu’il y ai le plus souvent un de nous deux, cela se fait au détriment très net de notre vie de couple à nous deux, mais on l’a choisi. Et quand aucun des deux n’est présent, il est chez mes parents. Je me plais à croire qu’il n’est pas malheureux. Parce qu’il est entouré par des gens qui l’aiment fort. Mais ce ne sont pas ses parents.

Pour l’instant, il s’exprime assez peu. Mais je crains que quand il le fasse, il me le reproche, mon absence récurrente, mon investissement dans ma vie professionnelle. Parfois, quand je pars un peu plus longtemps (deux ou trois jours de rang, plutôt que les nuits à droite à gauche que j’organise de préférence), il me fait un peu la gueule. Ou au contraire, il me dit « caliiiin« , d’une toute petite voix, et se blottit dans mon cou, comme un petit animal, et reste là, immobile pendant plusieurs dizaines de secondes, lui qui en général ne tient pas en place 2 minutes. Ce sont des moments doux et amers à la fois. Doux parce que je me dis que c’est aussi l’absence qui crée le charme de ces retrouvailles. Amers parce que je me dis que peut être il souffre au quotidien de mon absence.

C’est d’une banalité la culpabilité des mères qui travaillent. Mais qu’elle est lourde à porter parfois, quand la fatigue se fait sentir, et surtout, quand on se rend compte, que l’on arbitre de son temps et de son énergie pour des gens / des projets qui n’en valent pas toujours la chandelle, au détriment d’un petit gars de deux ans qui a besoin de vous.

Ou pas. Parce que finalement, quelle prétention je trouve de croire que je lui suis vitale. Je dois l’aider à se construire, et à se construire seul aussi, c’est ma conviction. Conviction à moitié ebranlée quand je le vois tout nu avec ses chaussettes dans la baignoire.

A part ça, l’Héritier, il a tout de même reçu un Zoo LEGO pour son anniv. Ca coûte un bras cette affaire (le prix de la culpabilité sans doute ?). Mais GROS GROS SUCCES.

photo.jpg